Tout est parti d'une décision de la Cour suprême espagnole largement déformée sur les réseaux sociaux, provoquant la ruée de milliers de jeunes Marocains vers l'enclave de Ceuta, ce jeudi 30 juillet 2026. Les comptes qui ont relayé l'appel ont depuis disparu et leur origine reste introuvable, selon le quotidien espagnol El País. « La frontière espagnole est ouverte et on peut passer sans papiers ».
La consigne s'est répandue sur les réseaux sociaux marocains jeudi 30 juillet. Une marée de jeunes a pris les routes du nord du pays vers Ceuta, enclave espagnole en territoire marocain que Rabat revendique.
Plus de 60.000 personnes y ont répondu, selon les derniers chiffres. Les vidéos ont fait le reste. Elles montrent des centaines de candidats au départ, familles comprises, traverser sans que personne ne les arrête. Presque rien n'était laissé au hasard: les adresses où se procurer néoprène et sacs étanches circulaient, révèle le média espagnol El País. Des captures d'écran de Google Maps menaient même à la plage du Tarajal.
Le mot d'ordre porte un nom: hrig, "brûler" ses papiers en darija, le dialecte marocain qui était devenu un hashtag dominant sur les réseaux, selon le quotidien. Ceux qui partent sans visa ni permis de travail sont les harragas, les "brûlés".
Trois semaines plus tôt, la Cour suprême espagnole avait resserré le champ des renvois sommaires, ces retours décidés sur-le-champ, sans procédure d'expulsion. Ces renvois ne visent plus que les migrants entrés "en franchissant les éléments de confinement frontalier tels que les clôtures". Ceux qui arrivent par la mer y échappent.
Mais la nuance juridique n'a pas survécu à son passage sur les réseaux. Les publications se sont multipliées, "laissant croire qu'il suffisait d'atteindre Ceuta pour pouvoir rester", explique une journaliste marocaine dans le Journal Afrique de TV5MONDE. "Le Maroc vit un trouble dans l'information avec un fort affaiblissement des canaux médiatiques", ajoute-t-elle. [TV5 Monde]